La fille qui célébrait la chute de la Station Mir avec Paco Rabanne au fond du jardin en sirotant une Kronenbourg tiède

 

L’autre jour, j’ai invité Tante Julia à la maison.

Tante Julia, c’est pas vraiment ma tante vu qu’elle est plus jeune que moi, mais juste j’aime bien l’appeler comme ça (c’est parce que j’aime bien Mario Vargas Llosa, qui est un écrivain à ne pas mettre entre toutes les mains) (si tu ne comprends pas la référence, je ne peux rien faire pour toi).

Tante Julia, elle croit très fort à la Fin Du Monde, qui va nous tomber dessus parce qu’on est tous une grosse bande de connards pollueurs assassins, qu’on vendrait nos mères pour une console de jeu et qu’on mange des Big Mac qui nous donnent du diabète et font mourir les vaches.

Elle et moi, on s’était jamais rencontrées pour de vrai, mais on parlait beaucoup de la Fin du Monde sur Facebook, des poussins qui sont broyés pour qu’on puisse manger des omelettes au fromage et des agneaux qui sont égorgés pour qu’on puisse mettre le fromage dans les omelettes.

Tante Julia, elle habite dans une maison avec plein de chiens et de chats, et aussi des poules, mais pas de Loutre, ni de Patrick ou de Ségolène pour lui tenir compagnie (moi aussi j’ai des chiens, des chats et des poules, et même aussi des chèvres maintenant, mais pour passer ma colère au sujet la Fin du Monde j’ai aussi Loutre et Phlegmon avec moi) (heureusement parce que je pourrais pas passer ma colère sur Ted Bundy ou sur Serge Gainsbourg-Karamasov) (c’est mon bouc).

A côté de sa maison, y’a la mer, et elle passe beaucoup de temps à promener ses chiens toute seule sur le sable qui est mouillé, à regarder les nuages et à les prendre en photo (les nuages) (et aussi les chiens). Après, elle les met sur Facebook et ça me donne très envie d’acheter une cabane de pêcheur à Ushuaïa et de divorcer et de déshériter Phlegmon.

Quand elle est venue à la maison, c’était comme de retrouver ma meilleure amie du lycée, en mieux (rapport au fait que ma vraie meilleure amie du lycée, elle est devenue prothésiste dentaire et elle vote Les Républicains, et elle a un tee-shirt avec la photo de Laurent Wauquiez, et son fils s’appelle Côme-Cyprien).

On s’est tombées dans les bras, et puis je l’ai présentée à Loutre et à Phlegmon.

– Bonsoir, a dit Loutre, tu as fait bonne route ?
– Oui, a répondu Tante Julia, mais j’avoue que mon moral en a pris un coup avec tous ces petits hérissons écrasés par des enculés. Mais de toute façon, des hérissons, dans trente ans y’en aura plus.

On a pris l’apéro dans le jardin, et Tante Julia et moi on se racontait plein d’histoires de L214 et on regardait des vidéos sur nos téléphones avec des vaches à moitié mortes, et on parlait beaucoup des animaux maltraités ou tués par des enculés, et j’ai à peine vu Loutre se lever et partir à la cuisine, et revenir pas longtemps après avec les joues un peu plus rouges.

On regardait mes chèvres qui broutaient dans le soleil couchant, ça faisait comme regarder des gazelles au crépuscule dans le Ngorongoro, sauf quand Serge Gainsbourg-Karamazov a défoncé la clôture et que tout le monde s’est barré dans le champ du Claude à côté pour manger le maïs transgénique.

Pendant qu’on courait dans tous les sens pour rattraper les chèvres, j’ai dit à Tante Julia que quand même, c’était des animaux formidables les chèvres, mais elle m’a pas bien entendue parce qu’elle était tombée dans le fossé qui était plein d’eau et de ronces et d’orties, alors on a attendu qu’elle sorte du fossé, et même si elle saignait un petit peu de partout et que ses lèvres étaient très gonflées, elle m’a répondu que oui, les chèvres c’est chouette mais que dans trente ans, y’en aura plus.

Après, on est allées manger avec Loutre et Phlegmon qui était en train de regarder des mèmes sur Instagram et qui gloussait. J’ai dit à Phlegmon qu’on regardait pas son téléphone à table, que c’était très impoli et qu’elle me décevait beaucoup, alors elle a posé son téléphone et avec Tante Julia, on a commencé à regarder des vidéos de la SPA sur les nôtres pendant que Loutre se levait discrètement pour aller se verser un verre de schnaps très rempli avant de se rasseoir.

– T’as vu ce qu’ils ont fait à ce pauvre chat, bordel …
– Ouais, à gerber ! Heureusement qu’ils l’ont récupéré à temps à la SPA…
– De toute façon, des chats, dans trente ans y’en aura plus.

Tante Julia, quand elle a vu le plat de quinoa aux fèves et au miel, elle a fait une tête comme si on lui présentait du poisson pas frais.

– Le quinoa j’adore, les fèves aussi, par contre le miel c’est limite non ?
– Pardon ? a fait Loutre.
– Qui a décrété que les abeilles étaient censées bosser pour nous ? Qui a décidé qu’on était en droit de leur voler leur production naturelle juste pour notre plaisir gustatif ?
– Je peux entamer des négociations et envisager un paiement au SMIC horaire, a dit Loutre sans rigoler.
– Ce serait bien le moins, a dit Tante Julia, de toute façon des abeilles, dans trente ans y’en aura plus.

Et j’ai vu Loutre aller se resservir un verre de schnaps sans rien dire.

Au dessert, Tante Julia et moi on a beaucoup parlé des emballages plastique inutiles qu’on nous vend dans les supermarchés et aussi des fruits en barquettes et pas en vrac, et des produits chimiques qu’on met dessus pour qu’ils aient l’air plus beaux et qu’ils soient plus gros, et des cancers que ça provoque chez tous les enculés qui les achètent.

– De toute façon, elle a dit, des fruits, dans trente ans y’en aura plus.

Loutre nous a proposé des pêches et des bananes bio, alors on a commencé à parler des fruits qui viennent de très loin et qui polluent la planète à cause de l’avion, et des frelons asiatiques qui sont arrivés en Europe dans une caisse de poteries chinoises, et de la viande de chien que mangent les Chinois et aussi du made in China qui est vraiment de la merde.

– De toute façon, a dit Tante Julia, des Chinois dans trente ans y’en aura plus.

Et Loutre s’est resservi un schnaps.

Quand Tante Julia est repartie, on s’est promis de se revoir très vite en vrai et pas sur Facebook et on a convenu qu’on avait passé une soirée trop merveilleuse, vu qu’on se comprenait quand même trop bien. La bouteille de schnaps de Loutre, elle était vide, mais j’ai pas fait attention parce que j’en bois jamais.

Au moment de monter se coucher, j’ai vu que Loutre tenait pas bien debout et j’ai eu peur : je me suis demandé si y’avait des pesticides cachés dans la roquette ou si c’était pas le début d’un AVC (rapport au fait que le Claude avait pulvérisé du Round Up au bord du champ la semaine d’avant).

– Loutre ? LOUTRE ! Tu te sens bien ? T’as des symptômes ? T’as des nausées ? T’as un cancer du bulbe rachidien ?
– Les conjoints, a dit Loutre, s’pas si mal, hein … ça cuisine, ça ferme sa gueule, ça attend la Fin Du Monde sans s’plaindre … Mais s’t’une espèce menacée … Les conjoints, DANS TRENTE ANS Y’EN AURA PLUS.

Et Loutre a fait un malaise et a vomi tout son quinoa aux fèves et au miel.

Catégories : Mère Nature, le retour à la terre et toutes ces conneries | Poster un commentaire

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