La fille qui rejouait Le Grand Bleu dans les égoûts de Bazouge-La-Pérouse avec un tuba et des palmes de chez Decathlon

Hier, on a constaté des problèmes avec notre électricité campagnarde.

J’étais en train d’écrire des grosses bêtises sur mon blog (une blague à propos du Père Paul, qui est le curé de la paroisse d’à côté et qui est parti à la prison de la ville pour des histoires de sexe avec la truie de madame Nedelec, ça a bien mis le bazar au village et tout le monde en parle au bar- tabac-PMU « Chez Nénesse » qui est l’endroit où les gens du village font de la politique après la messe).

J’étais en train d’écrire « et puis après, ça a fait des histoires » quand tout à coup, mon ordinateur a fait « POUF » et puis il s’est éteint sans prévenir. A l’étage, j’ai entendu plein de gros mots et puis un grand « boum », et puis encore plein de gros mots et c’était Loutre qui avait plus de lumière dans la douche.

Moi, j’étais pas jouasse d’avoir perdu tout mon travail d’humour et de grande finesse et je commençais déjà à pleurer et à envoyer des objets contre le mur pour apaiser la frustration qui grandissait dans le dedans de moi, et Loutre a descendu l’escalier à poil et y’avait une grosse bosse toute bleue sur son front et de l’eau qui dégoulinait sur les marches, ça faisait « splitch » et « floc ».

– Lucette, vite ! Où t’as mis le Synthol ?

– BOUUUUAAAAAH, j’ai perdu mon article de blog !

– Hein ?

– J’ai PERDU MON ARTICLE DE BLOG ! C’est HORRIBLE !

– Et moi je vais perdre l’usage de mon nerf optique par compression cérébrale, PUTAIN IL EST OU LE SYNTHOL?

– Je sais pas et je m’en FICHE, voilà ! Imagine si le Mac de Hemingway l’avait lâché pendant qu’il écrivait ses choses tristes de « Pour qui sonne le glas » !

Après que Loutre m’a balancé le vase bleu qui était posé sur la commode du salon en criant « Justement, tu vas voir, pour qui il sonne, le glas », on s’est rendu compte que l’électricité, elle était partie un peu partout dans la maison.

Alors Loutre a vérifié le tableau électrique, qui est une chose exotique que j’ai pas le droit de toucher (même pas d’approcher) avec des boutons et des manettes bizarres et aussi des chiffres écrits dessus.

– Bon, j’ai trouvé, c’est le moteur de la pompe de relevage qui plante tout.

– Ah, j’ai dit.

Loutre m’a regardée comme si je venais de lui dire que j’allais partir rejoindre Xavier Dupont de Ligonnès à Achgabat (c’est au Turkmenistan) (je sais pas si c’est là qu’il se cache mais Achgabat des fois tu le trouves dans les mots fléchés) (sinon j’aurais jamais pu te le sortir).

– Est-ce que tu SAIS ce qu’est la pompe de relevage ?

– Bah oui, quand même ! C’est le truc qui permet à notre lit de passer en position assise quand je veux regarder des films de zombie à deux heures du matin en mangeant des chips. Y’a qu’à appuyer sur la télécommande, c’est chouette même si des fois j’ai l’impression d’être à Saint-Goitre et que le docteur Pilchard va entrer dans la chambre pour me demander si j’ai bien fait pipi.

Alors Loutre s’est passé la main sur le visage, très fort.

– La pompe de relevage, c’est le mécanisme qui est dans la fosse septique et qui permet de POUSSER les matières vers la zone d’épandage.

– Ah parce qu’on a une fosse septique ?

Quand Loutre a eu fini d’insulter mes ancêtres jusqu’à la dixième génération en arrière (ça faisait quand même du monde), j’ai dû l’accompagner dehors (qui est un endroit où j’aime pas trop aller à cause des bêtes et des odeurs de la campagne).

Dehors, c’était dans le pré où on a nos poules et où y’a aussi la fosse septique, et Loutre m’a expliqué que sous le pré, y’avait une grosse cuve et que c’est là que tout arrive quand on fait une machine à laver, quand on se brosse les dents et quand on tire la chasse.

Moi, j’étais super étonnée de savoir qu’on avait comme une grande piscine sous terre (j’aurais préféré une piscine à l’extérieur tant qu’à faire) (je vois pas l’intérêt d’enterrer une piscine, comment tu veux te baigner après ?).

Je voulais expliquer ça à Loutre mais j’ai bien vu que c’était pas le moment, son visage il était tout plissé dans tous les sens et on voyait presque pas ses yeux (j’appelle ça « le regard Clint Eastwood » et c’est jamais bon signe).

– Aide-moi à ouvrir la buse, a dit Loutre.

Je voyais pas pourquoi on allait devoir éventrer un rapace, moi, surtout qu’on en a plein qui volent au-dessus de la maison et je trouve ça joli, alors j’ai dit pas question, moi je fais jamais du mal aux animaux, non mais sans blague.

– La buse en BETON !

Et c’est là que j’ai compris qu’on parlait du gros machin en pierre qui ressemblait à un tonneau qui sort de la terre. J’avoue que ça m’a un peu rassurée.

La buse, elle était fermée avec un très gros couvercle qui était aussi en pierre, et j’aurais bien voulu t’y voir, c’était très lourd, donc évidemment ça tirait dans mes bras et dans mon dos mais j’ai pas du tout fait exprès de lâcher le couvercle sur le pied de Loutre, c’était un bête accident.

On a attendu un peu que le pied de Loutre fasse moins mal (on a dû lui enlever sa chaussure parce que ça gonflait très vite et ça devenait bleu et jaune) et j’ai voulu prendre une photo pour faire une blague sur Facebook, alors Loutre a attrapé mon téléphone et l’a balancé dans la buse et on a entendu « plouf ».

– Tiens, enfile tes palmes et va chercher ce qui te sert de cerveau, Bécassine !

Alors là j’ai pas du tout été contente. Dans mon téléphone y’a toute ma vie, mes photos et aussi tous mes codes pour tricher aux jeux vidéo, et ma musique et mes vidéos de coussins péteurs sur Youtube, alors j’ai crié très fort que c’était un scandale, qu’il allait falloir me le récupérer vite fait sinon plus jamais je ferais à manger ni le ménage ni les courses, ni le jardinage, ni rien du tout et que je passerais le reste de ma vie devant la télé à jouer à Call of duty et à regarder des films d’horreur.

Loutre m’a regardée sans rien dire pendant très, très longtemps.

– Bon d’accord, j’ai dit, mais j’avais l’intention de commencer à faire tout ça, eh ben je commencerai PAS !

Après, on a dû aller chercher quelque chose de long et de solide pour pouvoir remonter le moteur de la pompe de relevage (je sais toujours pas ce que c’est mais Loutre a dit que c’était ça qui faisait que je pouvais plus écrire sur mon blog ou allumer la PS4, et j’étais très impatiente qu’on le répare, du coup).

On a ramené un râteau et Loutre m’a demandé de le faire descendre dans la buse tout doucement.

Moi, je voyais le manche du râteau qui descendait, qui descendait, qui descendait, et Loutre avait l’air perplexe.

– Tu devrais déjà avoir touché le moteur… c’est étrange.

Et puis sans faire exprès, j’ai regardé ailleurs parce qu’il y avait un joli papillon avec tout plein de couleurs qui me passait devant le nez, et j’ai lâché le râteau, et ça a fait de nouveau « plouf » et il a disparu sous l’eau.

– Dis donc, dis donc, j’ai dit, en vrai c’est super profond une piscine à caca !

Après la crise d’hystérie de Loutre (son deuxième pied a cogné contre la buse et on a dû retirer aussi l’autre chaussure du coup), on a dû se pencher au-dessus de la buse pour essayer de voir quelque chose (par exemple mon téléphone ou bien le râteau), mais y’avait que de l’eau toute noire et toute sale.

Moi, c’est là que j’ai remarqué que toutes nos poules s’étaient rapprochées, parce que les poules c’est des animaux très curieux et inquisiteurs qui se demandent toujours ce que tu fais et si tu as des chips dans tes poches.

Du coup y’avait quinze poules et deux coqs qui nous encerclaient légèrement, et moi j’ai commencé à avoir un peu peur parce que je me sentais comme dans Le village des Damnés.

Loutre était en train de se pencher beaucoup au-dessus de la buse en grognant « mais il est où ? Mais il est où? », et là Roméo (c’est notre grand coq très macho et pas très intelligent) a sauté sur son dos et a commencé à vouloir lui coiffer les cheveux, et Loutre s’y attendait pas du tout et j’ai vu le haut de son corps disparaître, et après ses jambes et j’ai entendu « plouf ».

Quand j’ai appelé le monsieur de l’entreprise des piscines à caca, j’ai dû expliquer le coup du moteur qui était cassé, du râteau qui avait coulé et aussi de Loutre qui était avec le moteur et le râteau. Le monsieur, il a beaucoup rigolé et puis il m’a dit qu’il allait venir, et il a dit quelque chose à propos de Jacques Mayol (qui est le héros du Grand Bleu, que j’ai vu 26 fois), et j’ai pas tout compris.

Je suis retournée dans le pré et j’ai crié à Loutre dans la buse que le monsieur arrivait, et je lui ai proposé de lui lancer un bouquin et une lampe de poche pour patienter (d’abord j’avais pensé à lui prêter ma Nintendo Switch mais j’ai réalisé que l’eau sale, ça pouvait abîmer les circuits).

– JE NE VEUX PLUS JAMAIS TE VOIR NI T’ENTENDRE , a dit Loutre, et sa voix c’était comme si elle sortait d’un tunnel très long.

– T’as trouvé ton moteur ?

– TAIS -TOI.

– Dis, si t’as la place de nager, tu pourras chercher mon iPhone ? C’est pas que j’y tiens, mais quand même un peu !

Sans blague, c’est quand même un peu de sa faute tout ça.

Catégories : Mère Nature, le retour à la terre et toutes ces conneries | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “La fille qui rejouait Le Grand Bleu dans les égoûts de Bazouge-La-Pérouse avec un tuba et des palmes de chez Decathlon

  1. Bon jour,
    Quel événement dont la narration sans odeur presse le sourire que je vois de loin de Loutre qui j’espère est sorti depuis (et pas du puits) Nom d’une Buse … 🙂
    Max-Louis

  2. Au fond de la fosse inutile de crier, on entend purin …

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